Mikhail Popkov, tueur en série

de Viviane Janouin-Benanti

Misha Smile retrace l’histoire glaçante, mais fascinante, de Mikhail Popkov, un ancien policier russe devenu l’un des pires tueurs en série du XXIe siècle. Viviane Janouin-Benanti, fidèle à son approche documentaire et littéraire, livre une biographie romancée rigoureuse, centrée sur un homme ordinaire en apparence, dont les crimes monstrueux n’ont été découverts qu’après plus de vingt ans.

Le récit s’ouvre sur la ville d’Angarsk, en Sibérie, une région austère qui sert de toile de fond aux crimes de Popkov. Mari exemplaire, père aimant et agent de police respecté, Popkov cache une double vie. De 1992 à 2010, il assassine plus de 80 femmes, dans une campagne de meurtres qu’il justifie par une prétendue croisade morale contre la « débauche ».

Viviane Janouin-Benanti dresse le portrait d’un homme manipulateur, méthodique et froid. Le récit suit les investigations, les erreurs de la police, les drames familiaux des victimes, et finalement l’arrestation spectaculaire du tueur grâce aux tests ADN modernes. Le livre alterne entre la reconstitution des faits, les témoignages, et l’analyse psychologique, nous plongeant dans les ténèbres de l’âme humaine.


Un sujet réel, une écriture haletante

Viviane Janouin-Benanti est connue pour ses biographies criminelles documentées. Dans « Misha Smile », elle poursuit ce travail d’enquête minutieux tout en l’enrobant d’une narration fluide et efficace. L’ouvrage est à la frontière du journalisme, du récit criminel et du roman psychologique. L’écriture est sobre, précise, et laisse parler les faits avec force. Les dialogues sont rares, mais chaque phrase porte un poids émotionnel ou factuel fort.

L’auteure adopte un ton clinique sans jamais être froid. Elle nous fait ressentir la peur, la douleur, la frustration des enquêteurs, et surtout, la terreur des femmes qui ont croisé la route de Popkov. Par ce style dépouillé, Viviane Janouin-Benanti rend l’horreur encore plus palpable, sans jamais céder au sensationnalisme.


Une plongée dans l’esprit du mal

Le personnage de Mikhail Popkov est au centre de l’ouvrage. Viviane Janouin-Benanti ne le juge pas : elle l’expose. Elle explore son passé, sa psychologie, ses relations, ses mécanismes de rationalisation. Loin d’être un simple « monstre », Popkov est un homme complexe, torturé, qui se cache derrière une façade de normalité. L’auteure met en évidence la façon dont il utilisait sa position d’autorité pour gagner la confiance de ses victimes, puis la trahissait de la manière la plus brutale.

Ce qui rend ce portrait encore plus glaçant, c’est que Popkov ne semble pas animé par une haine ou une pulsion incontrôlable. Il tue par choix, avec méthode. Il justifie ses actes par une morale dévoyée, s’érigeant en juge et bourreau de femmes qu’il considère comme « immorales ». Ce puritanisme meurtrier, nourri de misogynie, est disséqué avec finesse.


Un contexte social et politique éclairant

L’une des grandes forces du livre est de replacer les crimes de Popkov dans leur contexte : celui de la Russie post-soviétique. Angarsk, ville industrielle glaciale, est décrite comme un endroit dur, patriarcal, où les institutions vacillent. La police est corrompue, mal équipée, inefficace. La justice est lente, et les disparitions de femmes sont souvent négligées.

Cette ambiance délétère n’excuse rien, mais elle éclaire le terreau dans lequel un homme comme Popkov a pu agir si longtemps sans être inquiété. L’auteure montre aussi la difficulté, pour les familles des victimes, d’obtenir justice dans un système où la parole des femmes pèse peu.


Des thèmes puissants et universels

Au-delà du fait divers, Misha Smile aborde des thèmes lourds et universels :

  • La double vie : Popkov incarne l’archétype du tueur invisible, masqué par une vie familiale apparemment sans failles.
  • Le pouvoir et la manipulation : Sa position de policier lui permet de contrôler, de piéger, d’échapper aux soupçons.
  • Le sexisme et la violence faite aux femmes : Le livre est un réquisitoire implicite contre une culture qui tolère ou minimise les agressions contre les femmes.
  • La faillite des institutions : L’enquête traîne pendant des années, et les erreurs s’accumulent.
  • La banalité du mal : Popkov est un voisin gentil, un mari dévoué, un collègue fiable – et un tueur de sang-froid. Cette contradiction renvoie au thème arendtien de la banalité du mal.

Pourquoi faut-il lire Misha Smile ?

Tout d’abord, parce qu’il s’agit d’un livre passionnant. À mi-chemin entre le polar, le reportage et le document, Misha Smile se lit d’une traite. L’enquête est bien menée, les chapitres s’enchaînent avec tension, et l’on veut comprendre comment un tel monstre a pu rester invisible aussi longtemps.

Ensuite, parce que le livre est une œuvre de mémoire. Derrière les statistiques, il y a des visages, des vies détruites, des familles brisées. Viviane Janouin-Benanti leur redonne une voix, sans voyeurisme ni pathos excessif.

Enfin, parce que Misha Smile nous oblige à réfléchir : sur la condition féminine, sur la justice, sur les défaillances des systèmes policiers, sur ce que l’on croit savoir de nos proches. Il pose cette question dérangeante : à quel point connaît-on réellement ceux qui nous entourent ?


Conclusion

Misha Smile est bien plus qu’un livre sur un tueur en série. C’est un miroir tendu à nos sociétés, à leurs failles, à nos illusions. Viviane Janouin-Benanti y démontre un talent rare : celui de capturer l’horreur sans la glorifier, de raconter le réel sans l’alourdir, de rendre hommage sans tomber dans la sensiblerie.

C’est un livre à lire, à faire lire, et à méditer.

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