Une enquête de la capitaine Elvira Toussaint

de Guy Escure

Couverture du livre :  Halina n’est pas rentrée

« Halina n’est pas rentrée. Une enquête de la capitaine Elvira Toussaint » de Guy Escure est une œuvre de fiction policière qui mêle enquête contemporaine, souvenirs douloureux, paysages ruraux et une héroïne aussi solide qu’attachante.


Une affaire non résolue… jusqu’à aujourd’hui

Dès les premières pages de Halina n’est pas rentrée, Guy Escure plonge son lecteur dans un cold case glaçant qui, malgré les décennies écoulées, n’a rien perdu de son pouvoir d’indignation. Nous sommes en 1968, à Saint-Rome-de-Cernon, un village paisible du sud de la France. Halina Wisecki, jeune fille brillante, belle, pleine de promesses, ne rentre pas chez elle après une après-midi passée au bord du Cernon. On la retrouvera violée et égorgée. Le crime est aussi barbare que bouleversant. Mais très vite, l’enquête piétine, les gendarmes se perdent en conjectures, les rumeurs enflent, puis le silence s’installe. Et l’oubli.

Cinquante-trois ans plus tard, c’est la capitaine de police Elvira Toussaint qui rouvre, de manière officieuse, ce dossier abandonné. C’est un ancien amoureux d’Halina, aujourd’hui septuagénaire, qui l’interpelle, bouleversé, nostalgique, mais toujours animé par une même soif de vérité : retrouver celui qui a détruit la jeune fille et, avec elle, un pan entier de son propre avenir. Pour Elvira, ce n’était qu’un passage chez ses parents dans le sud. Elle n’avait pas prévu de mener une enquête. Mais une étincelle s’allume. Et elle ne pourra plus l’éteindre.


Une enquête sinueuse et immersive

Le roman épouse la construction d’une enquête en spirale. En l’absence de preuves ADN exploitables, de suspects vivants ou de témoins directs, Elvira doit faire parler les silences, fouiller les non-dits, lire entre les lignes jaunies des coupures de journaux d’époque, questionner des vieillards dont les souvenirs vacillent, et surtout reconstruire un monde disparu : celui des années 60, entre traditions, machisme ordinaire, lourds secrets familiaux et figures d’autorité impénétrables.

L’auteur fait ici preuve d’une grande maîtrise narrative, articulant passé et présent dans un jeu de miroirs subtil. L’enquête avance à tâtons, parfois frustrante, souvent émouvante, ponctuée de rebondissements inattendus, mais toujours crédibles. Il ne s’agit pas d’une chasse au tueur menée tambour battant, à la manière des polars américains. C’est une quête patiente et sensible, à hauteur d’humanité, où chaque information glanée est un pas vers une vérité étouffée depuis trop longtemps.


Une héroïne en prise avec ses doutes et son temps

Elvira Toussaint n’est pas une flic stéréotypée. Elle n’est ni cynique, ni alcoolique, ni cabossée de manière caricaturale. Elle est professionnelle, intuitive, connectée à la nature comme à ses émotions. Fille du sud, attachée à sa terre, à sa famille et à sa liberté, elle évolue dans un monde d’hommes sans jamais s’y plier. Guy Escure lui offre une palette riche, la faisant tour à tour enquêtrice obstinée, fille taquine, amante épanouie ou citoyenne engagée – sans jamais la figer dans un rôle unique.

Ses interactions avec les autres personnages – le touchant Philippe Roucarels, les témoins âgés, les membres de sa propre famille – apportent profondeur et crédibilité psychologique à ses actions. Ce qui rend Elvira si attachante, c’est aussi sa capacité d’indignation intacte, sa révolte contre l’injustice, sa volonté de rendre justice à Halina, même si cela doit remuer les eaux troubles du passé.


Une galerie de personnages marquants

Outre Elvira, le roman brille par sa galerie de personnages secondaires :

  • Philippe Roucarels, l’amoureux éploré, est un homme digne, rongé par les souvenirs, à la frontière de la culpabilité et du deuil non accompli.
  • Halina, absente omniprésente, est recréée par fragments : une jeune femme lumineuse, intelligente, poétique, dont la disparition brutale marque à jamais son entourage.
  • D’autres figures, telles que Malevielle (le proxénète menaçant), Roger Bastisse (le militaire violent), ou encore le vieux magistrat ou les enquêteurs de l’époque, apportent complexité et zones d’ombre à une affaire qui se révèle bien plus trouble que prévu.

Chacun d’eux semble porter un morceau du puzzle, et c’est en recollant ces bribes que l’on entre peu à peu dans l’intimité d’un drame rural, presque oublié, mais dont les conséquences résonnent encore.


Un roman ancré dans son terroir

L’un des charmes indéniables du roman réside dans sa géographie affective. Le village de Tournemire, la vallée du Cernon, les plateaux du Larzac, les gorges, les chemins forestiers, tout ici respire la France rurale, celle qui vit à son propre rythme, entre traditions et murmures. Guy Escure a manifestement aimé et arpenté ces lieux, qu’il décrit avec précision, tendresse et humour.

Le roman, sans jamais verser dans la carte postale, offre une véritable immersion sensorielle : on sent l’odeur des champignons, on entend le bruit du Vespa dans les chemins, on voit le cours du Cernon étinceler sous le soleil d’août. Et au cœur de cette nature, la violence du crime n’en est que plus insoutenable.


Style et tonalité : entre noirceur et tendresse

Guy Escure manie une langue fluide, vivante, ponctuée d’humour, de colère contenue et de descriptions ciselées. Son style est direct sans être abrupt, littéraire sans être précieux. Les dialogues sont naturels, parfois savoureux, empreints d’une familiarité maîtrisée. Le narrateur, à travers Elvira, ne cache ni ses opinions ni ses émotions – ce qui donne au récit une voix singulière, chaleureuse et franche.

Le roman assume aussi ses passages les plus crus, notamment dans la description du crime ou de certains suspects. Ces moments, bien qu’intenses, ne tombent jamais dans le voyeurisme. Ils servent l’intrigue et l’ancrent dans une réalité rugueuse, fidèle à l’univers du polar.


Thèmes abordés : mémoire, justice, violence faite aux femmes

Sous son apparente simplicité, Halina n’est pas rentrée explore des thèmes profonds :

  • La mémoire collective et personnelle, à travers les souvenirs ravivés, les oublis sélectifs, les traumatismes tus.
  • La quête de justice dans un monde où les crimes finissent parfois par être classés, oubliés, étouffés.
  • La violence faite aux femmes, abordée frontalement mais sans misérabilisme, en miroir des combats féministes contemporains.
  • Le deuil, dans sa forme la plus sourde, lorsque la douleur n’a jamais trouvé son exutoire.

Mais au-delà de ces thèmes lourds, l’auteur insuffle aussi une forme d’espérance, de rédemption, d’hommage. Halina, en mourant, devient plus qu’une victime : elle devient un symbole d’injustice réparée – tardivement, certes, mais dignement.


Un dénouement à la hauteur : sobre et juste

Sans en révéler les ressorts, disons que la fin du roman évite le spectaculaire inutile. Guy Escure conclut avec sobriété et émotion, refermant le dossier Halina avec tact, justesse et une pointe d’ironie douce-amère. Le lecteur referme le livre avec le sentiment d’avoir non seulement lu une bonne enquête, mais aussi rendu hommage à un personnage fictif devenu, au fil des pages, terriblement réel.


En conclusion : pourquoi lire « Halina n’est pas rentrée » ?

Parce que c’est un roman policier humain, intelligent et touchant, bien plus profond qu’il n’y paraît. Parce qu’il réussit à parler d’un crime abominable sans tomber dans le sordide. Parce qu’il donne chair à une époque, à un territoire, à des personnages marqués par le temps. Parce qu’il donne envie de lire la suite des aventures d’Elvira Toussaint, déjà présente dans Quatre de chute, autre polar signé Guy Escure.

Enfin, parce qu’il nous rappelle, dans un monde qui court, que certaines enquêtes ne méritent pas d’être oubliées. Et que parfois, même cinquante ans après, la vérité peut encore surgir des cendres du passé.



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