Une enquête de la capitaine Elvira Toussaint
de Guy Escure

Un polar cérébral et feutré dans les coulisses du bridge de compétition
Avec Quatre de chute, Guy Escure signe un roman policier d’une rare originalité, situé dans un univers peu fréquenté par la fiction : celui du bridge de haut niveau. Entre compétitions tendues, rivalités feutrées, manipulations mentales et vieilles rancunes, le récit nous plonge dans une série de morts suspectes frappant d’anciens membres d’une même équipe, quelques années après leur plus grande victoire.
Loin des polars à effets de manche, ce roman développe une intrigue cérébrale, discrètement tendue, portée par une enquêtrice au flegme redoutable : la capitaine Elvira Toussaint. L’enquête devient une partie de bridge grandeur nature, où chaque déclaration est un appel, chaque silence une contre-enchère.
Résumé : quatre anciens partenaires… et autant de suspects, ou de victimes
Tout commence lorsque plusieurs joueurs de bridge de haut niveau trouvent la mort dans des circonstances étranges. Tous ont un passé commun : ils formaient, quelques années plus tôt, une équipe redoutée, couronnée de succès, mais éclatée à la suite d’un événement trouble, dont aucun ne parle ouvertement.
La capitaine Elvira Toussaint est chargée de l’enquête. Très vite, elle comprend que ces morts ne sont pas le fruit du hasard. Mais s’agit-il d’une vengeance ? D’un jeu morbide ? D’un secret collectif ? Ou d’un tueur qui s’amuse à jouer une dernière donne à ses anciens partenaires ?
L’enquête l’amène à interroger les survivants, à explorer les dynamiques anciennes de l’équipe, à plonger dans les arcanes du bridge de compétition, avec ses conventions, ses sous-entendus, ses stratégies souvent impénétrables au profane.
Une héroïne hors cadre : Elvira Toussaint
Le roman repose sur une figure d’enquêtrice marquante. Elvira Toussaint, capitaine de police, est une femme de méthode et de caractère, à la fois discrète et résolue. Elle observe plus qu’elle ne parle, écoute plus qu’elle ne soupçonne, et procède toujours par étapes, comme dans une partie de bridge bien jouée.
Sa particularité est de ne jamais surjouer son autorité. Elle avance par recoupements, sans effet dramatique, mais avec une intuition fine des jeux de pouvoir et des dynamiques humaines. Elle sait lire entre les lignes, détecter les non-dits, écouter les silences. Dans un monde comme celui du bridge, fondé sur le sous-entendu et la communication codée, cette capacité devient essentielle.
Elle ne cherche pas la lumière ni l’éclat. Elle cherche la vérité. Et c’est ce qui la rend profondément attachante.
Le bridge : un monde à part entière, stratifié, compétitif, secret
Ce qui fait l’originalité de Quatre de chute, c’est son immersion authentique dans le monde du bridge de haut niveau. Guy Escure en décrit non seulement les règles, les types de tournois, mais aussi la culture propre à ce jeu : son langage codé, ses mécanismes psychologiques, ses tensions collectives.
Ce n’est pas un jeu de cartes ordinaire, mais un univers ultra-compétitif, où les egos s’affrontent autant que les mains. Le vocabulaire du bridge – ouverture, enchère, chelem, entame, contre, passe – est utilisé avec précision, mais jamais de façon obscure. L’auteur permet au lecteur de comprendre sans jamais alourdir.
Et surtout, il montre que dans ce monde, les rancunes durent longtemps, les complicités se fissurent facilement, et une erreur passée peut, des années plus tard, faire chuter une équipe comme un château de cartes.
Une structure policière maîtrisée, en finesse
L’intrigue de Quatre de chute se déroule comme une partie bien construite : les premières cartes sont posées, des indices surgissent, mais il faut attendre les dernières levées pour comprendre le tout.
Guy Escure ne cherche pas à multiplier les effets de surprise : il préfère la logique interne du récit, la cohérence psychologique des personnages, et le plaisir de la déduction. On progresse avec l’enquêtrice, lentement, mais sûrement.
Le roman est découpé avec rigueur, les révélations distillées avec mesure. Et comme dans une partie où chaque carte compte, le moindre détail peut s’avérer capital dans la compréhension finale.
Des personnages nuancés, porteurs de tensions anciennes
Outre Elvira Toussaint, on découvre dans le roman une galerie de personnages crédibles, souvent ambivalents :
- D’anciens partenaires de bridge liés par une grande victoire… et par un passé trouble.
- Un joueur star, au caractère dominateur.
- Une figure plus discrète, mais fine stratège.
- Un tandem brisé par une affaire mal digérée.
- Un joueur retiré, qui n’a jamais vraiment quitté la partie.
Chacun a ses blessures, ses non-dits, ses stratégies d’autodéfense. Aucun n’est totalement innocent, mais aucun n’est caricatural. L’auteur peint un monde où la ligne entre victime et coupable se brouille, où la vérité est une donnée aussi relative qu’une enchère audacieuse.
Un roman sur la loyauté, la vengeance et la mémoire collective
Le titre Quatre de chute joue sur plusieurs niveaux : référence au bridge, bien sûr, mais aussi à la chute symbolique de quatre personnages liés par une histoire commune. L’auteur interroge ici la mémoire collective d’un groupe, la manière dont une faute ancienne peut rejaillir, des années plus tard, à travers une logique implacable.
Il évoque aussi la fidélité, les tensions d’équipe, l’humiliation, le besoin de réparation. Ce sont des thèmes universels, mais traités ici dans le cadre feutré et faussement civilisé d’un jeu où tout se joue à demi-mot.
Une langue sobre, précise, élégante
Le style de Guy Escure reste fidèle à sa signature : précis sans lourdeur, élégant sans effets inutiles. Il écrit comme Elvira enquête : calmement, méthodiquement, avec un œil pour les détails justes. Le ton général est sec, mais jamais aride. Les dialogues sont vifs, naturels. Les descriptions vont à l’essentiel.
C’est un style qui laisse place au lecteur, qui fait confiance à son intelligence, et qui accompagne la montée de tension sans artifice.
Pourquoi lire Quatre de chute ?
- Parce que c’est un polar original, situé dans un univers rarement exploré en littérature : le bridge de compétition.
- Pour son enquêtrice nuancée, intelligente, au regard humain et professionnel.
- Pour la maîtrise de la construction narrative, fluide et cohérente.
- Pour la richesse de ses thèmes : culpabilité, loyauté, vengeance différée, dynamique de groupe.
- Parce que c’est un roman sobre, fin, captivant, qui respecte le lecteur et lui donne matière à réfléchir, sans sacrifier au suspense.
Conclusion : une réussite discrète, mais implacable
Avec Quatre de chute, Guy Escure offre un polar de grande tenue, original par son sujet, solide par sa construction, captivant par ses personnages. Il confirme que le crime peut naître dans les silences, dans les ententes brisées, dans les parties jamais terminées.
C’est un roman qui s’adresse autant à l’esprit qu’aux émotions, et qui prouve qu’avec une carte bien jouée – ou une bonne lecture –, on peut remporter bien plus qu’un pli.
Une lecture recommandée à tous les amateurs de romans intelligents, précis, sans artifice, et profondément humains.
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