Les médecins du Struthof
de Serge Janouin-Benanti

Un document coup de poing sur l’inhumanité scientifique
« Ce que l’homme fait à l’homme, au nom de la science, est parfois plus cruel que le crime lui-même. »
Un livre nécessaire sur un pan trop méconnu de l’horreur nazie
En lisant le titre Si ce sont des hommes…, on entend l’écho évident de Primo Levi. Et ce n’est pas un hasard. Serge Janouin-Benanti, dans ce livre rigoureux et bouleversant, reprend cette interpellation existentielle en l’appliquant à un domaine particulier : la médecine nazie. Et plus précisément à un lieu, le camp de concentration du Struthof-Natzweiler, situé en Alsace, le seul camp nazi implanté sur le sol français.
Mais ce livre n’est pas un simple essai historique. Ni un roman. Il est un document narratif, rigoureusement documenté, écrit comme une enquête, qui redonne voix aux victimes, révèle les mécanismes de l’inhumanité bureaucratique et scientifique, et met au jour une vérité dérangeante : ce sont bien des médecins, formés, diplômés, respectés, qui ont conduit certains des crimes les plus ignobles perpétrés dans ce camp.
Le projet : révéler l’impensable… et le prouver
Dès les premières pages, Janouin-Benanti place son lecteur dans un double dispositif :
- D’une part, le récit minutieux des faits : expériences sur des détenus, gazage à des fins d’étude anatomique, vols de corps, manipulations médicales.
- D’autre part, l’enquête judiciaire et historique, telle qu’elle fut conduite après la guerre : les témoignages, les procès, les responsabilités partagées, les silences.
Ce double mouvement donne au livre une dimension quasi judiciaire : on lit à la fois un rapport d’enquête, une reconstitution judiciaire, et un drame humain. Et l’effet est saisissant.
Les faits : science, meurtres et médecine pervertie
Le cœur du livre repose sur un fait historique glaçant : en 1943, 86 déportés juifs sont gazés au Struthof, non pour être exterminés (ce qui aurait pu être fait ailleurs, plus vite, plus « discrètement »), mais pour permettre à l’anatomiste nazi August Hirt de constituer une « collection de squelettes juifs » destinée à illustrer ses thèses racialistes.
Ces hommes et femmes ont été choisis, mesurés, photographiés, puis tués – uniquement à des fins scientifiques, dans un projet relevant à la fois de l’idéologie nazie et d’un délire médical organisé.
Autour de ce noyau, le livre explore :
- Les médecins impliqués : Otto Bickenbach, Eugen Haagen, August Hirt, mais aussi les assistants, les chercheurs, les responsables locaux.
- Les expériences : tests de gaz toxiques, injections mortelles, manipulations génétiques.
- Les victimes : des hommes et des femmes déportés, souvent juifs, mais aussi tziganes, résistants ou prisonniers politiques.
- Le camp du Struthof lui-même : lieu d’expérimentation, mais aussi de dissimulation.
La justice après la barbarie : des procès trop tardifs, des peines trop légères
Une part essentielle du livre est consacrée aux suites judiciaires, aux procès (notamment à Metz), aux témoignages bouleversants, et aux stratégies de défense des accusés.
Janouin-Benanti y révèle plusieurs vérités choquantes :
- Certains médecins n’ont jamais été inquiétés : ils sont morts avant les procès, ont fui, ou ont été « blanchis » dans l’après-guerre.
- D’autres ont été jugés, condamnés, puis rapidement libérés.
- Certains ont même repris leur carrière médicale, comme si rien ne s’était passé.
Cette impunité partielle, mêlée au silence complice de nombreuses institutions scientifiques, donne au livre une dimension indignée, mais sobre, toujours fondée sur des preuves précises, des archives solides, des témoignages rigoureusement restitués.
Une réflexion sur la déshumanisation et la responsabilité scientifique
Au-delà des faits, Si ce sont des hommes… est un livre qui interroge :
- La responsabilité morale des médecins : peut-on excuser leur participation par la pression du régime, la hiérarchie militaire ou l’obsession scientifique ?
- La dérive de la science quand elle se coupe de toute éthique.
- La mémoire collective : pourquoi cette affaire – pourtant française – est-elle si peu connue ?
- La déshumanisation bureaucratique : comment des hommes ont pu être réduits à des « spécimens anatomiques » sans qu’aucun acteur ne s’indigne ?
Janouin-Benanti ne moralise jamais. Il montre. Il documente. Il donne la parole aux faits. Et c’est précisément ce qui rend son propos si puissant.
Une écriture sobre, précise, au service de la vérité
Le style de l’auteur est à souligner. Il n’y a aucun effet de style gratuit, aucune tentation du sensationnalisme, aucun pathos facile. L’émotion vient de la rigueur même du récit.
- Les chapitres sont courts, denses, bien structurés.
- Les citations sont contextualisées.
- Les descriptions du camp, des laboratoires, des procès, sont claires, visuelles, jamais complaisantes.
- Le lecteur est guidé avec pédagogie, sans jamais être infantilisé.
Ce choix stylistique permet au livre de s’adresser à un très large public, qu’il soit averti ou non de l’histoire du nazisme ou des camps. On peut le lire comme un essai historique, un témoignage reconstitué, ou un acte d’accusation documenté.
Un livre essentiel pour ne pas oublier – et comprendre
« Si ce sont des hommes… » est une lecture difficile, parce qu’elle éclaire une réalité dérangeante : le mal ne vient pas toujours des monstres, des fanatiques ou des sadiques. Il vient parfois des intellectuels, des scientifiques, des experts.
Des hommes qui croyaient peut-être faire avancer la science, ou simplement leur carrière. Des hommes qui ont regardé, mesuré, injecté… sans jamais voir l’humain devant eux.
Dans une époque où les liens entre science, pouvoir, éthique et mémoire sont plus que jamais interrogés, ce livre agit comme un rappel salutaire.
Pourquoi il faut lire ce livre
- Parce qu’il révèle un fait historique trop peu connu, qui s’est déroulé en France.
- Parce qu’il montre comment des institutions respectées ont participé à l’horreur.
- Parce qu’il rend justice aux victimes, dont on a volé jusqu’au nom.
- Parce qu’il pose les bonnes questions : sur l’éthique, sur la responsabilité, sur la mémoire.
- Parce que c’est un livre fort, juste, maîtrisé, et profondément humain, malgré le sujet.
Conclusion
Si ce sont des hommes… Les médecins du Struthof n’est pas un livre que l’on referme facilement. Il marque. Il dérange. Il interroge. Mais il est nécessaire.
Avec une rigueur historique irréprochable et une force narrative maîtrisée, Serge Janouin-Benanti signe ici un livre courageux, qui redonne voix à ceux qu’on a voulu effacer.
Un livre à lire, à faire lire, et à ne pas oublier.
Où acheter le livre ?
Livre broché, 10 euros :
Chez Amazon : Si ce sont des hommes… (livre broché)
ebook, 3,99 euros :
À la FNAC : Si ce sont des hommes… (epub)
Chez Amazon (Kindle) : Si ce sont des hommes… (Kindle)
À l’Apple Store : Si ce sont des hommes… (epub)
Chez Kobo : Si ce sont des hommes… (epub)
Sur Google Play : Si ce sont des hommes… (epub)
PDF, 3,99 euros :
Chez 3E éditions : Si ce sont des hommes… (PDF)
